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Percer du carrelage sans le fissurer : la méthode et le bon foret

Faïence ou grès cérame, le foret n'est pas le même et la panne non plus. La percussion, la glisse du foret et la chaleur : les trois causes d'éclat, et comment les neutraliser une par une.

Par la-redaction Publié le 5 septembre 2026
Percer du carrelage sans le fissurer : la méthode et le bon foret

Un carreau ne casse pas parce qu’il est fragile. Il casse pour trois raisons identifiables, et chacune se neutralise séparément : la percussion, qui frappe une surface dure et cassante ; la glisse du foret, qui raye l’émail avant même d’avoir commencé ; la chaleur, qui dilate localement le carreau et le fend en étoile. Un perçage réussi, c’est simplement ces trois causes traitées l’une après l’autre.

Savoir sur quoi on perce

La question n’est pas décorative : elle décide du foret.

La faïence murale est une céramique poreuse recouverte d’un émail. Elle est relativement tendre sous l’émail, et se perce sans difficulté avec une pointe carbure. C’est le cas le plus fréquent dans une salle de bains ou une crédence de cuisine.

Le grès cérame est pressé et cuit à très haute température ; il est nettement plus dur, non poreux, et beaucoup de carreaux récents de grand format en sont. Le carbure s’y émousse en quelques secondes, cesse de couper et se met à frotter : la chaleur monte, et c’est elle qui fend le carreau.

Comment les distinguer sans démonter quoi que ce soit ? Regardez le dos d’une chute si vous en avez une : la faïence a un tesson clair, mat et poreux, qui boit une goutte d’eau posée dessus ; le grès cérame a un tesson dense, coloré dans la masse ou gris foncé, sur lequel la goutte reste. Sur un carreau posé, l’indice le plus simple reste le format et l’usage : sol, grande dalle, carreau rectifié à joint fin, aspect pierre ou béton — c’est du grès cérame dans l’immense majorité des cas.

Le foret, selon le carreau

SupportForetVitesseRefroidissement
Faïence murale émailléePointe carbure en lanceLenteUtile
Céramique émaillée densePointe carbure de qualité, ou diamantLenteRecommandé
Grès cérameForet ou trépan diamantéLenteIndispensable
Trou de diamètre supérieur à 12 mmScie cloche diamantéeTrès lenteIndispensable

Deux forets sont à écarter d’emblée. Le foret à béton ordinaire, dont la plaquette carbure est taillée pour éclater du minéral sous percussion, pas pour couper un émail. Et le foret à métaux, qui perd son fil instantanément.

Un mot sur les forets diamantés : le diamant ne coupe pas, il abrase. Il travaille donc à basse vitesse, avec une pression légère et constante, et il chauffe — d’où l’eau, qui n’est pas une précaution facultative mais la condition de fonctionnement de l’outil.

La méthode, geste par geste

Repérer, puis vérifier ce qu’il y a derrière. Dans une salle de bains, un mur de cuisine ou un sol chauffant, on ne perce pas au jugé : une canalisation encastrée ou une boucle de plancher chauffant coûte infiniment plus cher que le carreau. Un détecteur multimatériaux, la logique des arrivées d’eau à l’aplomb des robinets, et le plan de calepinage s’il existe.

Se placer au milieu du carreau. Le centre est la zone la plus stable ; un perçage à moins de deux ou trois centimètres d’un bord travaille sur une portion mal soutenue et casse beaucoup plus facilement.

Coller un ruban adhésif de masquage sur le point à percer et marquer la croix dessus. Il empêche la pointe de riper et retient une partie des micro-éclats d’émail.

Amorcer presque au ralenti, perceuse bien perpendiculaire au mur, percussion coupée, sans appuyer. On attend que la pointe ait creusé son propre logement dans l’émail : quelques secondes, parfois une dizaine sur du grès.

Poursuivre à vitesse lente, pression légère et constante. On ne force pas : c’est le foret qui coupe, pas le bras. Une pression forte sur un foret qui ne coupe plus est la recette exacte d’une fissure.

Refroidir. Quelques gouttes d’eau au pulvérisateur ou avec une éponge, régulièrement, en s’arrêtant le temps de mouiller. Sur du grès cérame et sur toute scie cloche, c’est systématique. On garde évidemment les projections loin de la machine, et on privilégie une perceuse filaire à sa batterie posée en dessous.

Changer d’outil une fois le carreau traversé. Le foret céramique s’arrête à la sortie de l’émail et de la colle. Pour la suite du trou, on prend le foret adapté au mur qui est derrière — et c’est seulement là, si ce mur est plein, que la percussion peut être enclenchée.

Percer dans le joint : la vraie réponse

C’est la question qui revient toujours, et elle mérite mieux qu’un oui ou un non.

Percer dans un joint est plus facile : pas d’émail, pas de glisse, pas de risque d’éclat. Le mortier de jointoiement se perce comme du plâtre dur, et le carreau reste intact si l’on démonte un jour.

Mais la tenue est inférieure. Un joint mesure quelques millimètres : le trou déborde forcément sur les chants des carreaux voisins et sur la colle, la cheville s’y trouve mal enserrée, et l’expansion se fait dans un matériau tendre. Sur un mur creux, cette différence devient franchement gênante.

La règle pratique : joint acceptable pour une charge légère — patère isolée, petit cadre, support de brosse à dents — milieu du carreau pour tout le reste, et particulièrement pour un meuble haut de cuisine, une barre d’appui, un sèche-serviettes ou un miroir de poids.

La cheville derrière : c’est elle qui tient

Le carrelage ne porte rien. Il n’est qu’une peau de quelques millimètres collée sur un support, et c’est ce support qui décide de la fixation. Une faïence sur cloison de plâtre demande une cheville pour matériau creux ; la même faïence sur un mur en brique creuse demande une cheville longue à ailettes ou un scellement chimique avec tamis ; sur du béton, une cheville nylon standard suffit largement.

Autrement dit, tout ce qui vaut pour un mur nu vaut ici, avec cette difficulté supplémentaire qu’on ne voit plus le support. Le diagnostic se fait donc sur la poussière qui sort du trou une fois l’émail traversé — la méthode complète est détaillée dans notre guide sur quelle cheville pour quel mur.

Deux points spécifiques au carrelage. La cheville doit être assez longue pour dépasser l’épaisseur du carreau et de la colle — comptez au bas mot une bonne dizaine de millimètres à ajouter — sinon elle s’expanse dans le vide de la colle et arrache le carreau au lieu de tenir dans le mur. Et l’on ne serre pas fort : au moment où la vis vient plaquer la pièce contre l’émail, un demi-tour de trop suffit à faire éclater le carreau autour de la platine. Une rondelle ou un joint souple sous la fixation répartit l’appui.

Les gros diamètres et les découpes

Passer une bonde, un mitigeur encastré ou une prise demande une scie cloche diamantée. La logique change un peu : la couronne n’a pas de pointe de centrage, donc elle chasse. On amorce incliné, en attaquant par un bord pour créer une gorge, puis on redresse progressivement une fois la couronne engagée. Un gabarit — une chute de contreplaqué percée au bon diamètre et maintenue contre le mur — rend l’opération beaucoup plus sûre. Vitesse très lente, eau en continu, pression minimale.

Pour une découpe en L ou une encoche en bord de carreau, la scie cloche n’est plus l’outil : c’est la pince perroquet, la meuleuse à disque diamant ou la scie à eau, selon la propreté attendue de la coupe. Ces découpes-là se font avant la pose, ce qui est un argument de plus pour repérer les percements au moment du calepinage plutôt qu’après coup, comme on le voit dans notre guide pour poser du carrelage soi-même.

Ce qu’on fait quand ça a cassé

Un éclat d’émail autour du trou n’est un problème que s’il reste visible. Présentez la platine, la rosace ou le cache avant de conclure : la plupart des perçages de salle de bains sont recouverts par la pièce qu’ils servent à fixer.

Une fissure traversante, elle, ne se répare pas. Le carreau se dépose — on dégarnit les joints, on casse le carreau en son centre pour libérer les bords, on décolle les morceaux vers l’intérieur — et se remplace par une chute. C’est la raison pour laquelle il faut toujours conserver quelques carreaux d’un chantier terminé : dix ans plus tard, la référence n’existe plus et la teinte ne se retrouve pas.